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Texte atelier d'écriture 11

 
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Anonyme


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MessagePosté le: Ven 2 Mai - 07:20 (2008)    Sujet du message: Texte atelier d'écriture 11 Répondre en citant

Atelier d’écriture avec Rose Després
 
Firmin et Adélie sont une paire de bottes en plastique rouge. Elles ont été vendues ensemble et ne peuvent plus se séparer. Ces bottes sont en couple, il y a un homme et une femme, enfin, un mâle et une femelle. A elles deux elles confirment un peu le mythe de l’androgyne. Les bottes ont été oubliées sur le terrain de camping par leur ancienne propriétaire qui est venue y passer une semaine. Elle a porté les bottes deux jours seulement, quand il pleuvait. Elle ne voulait pas salir ses chaussures dans la boue, le matin, quand elle sortait de sa tente. Les bottes sont donc presque neuves et ont été achetées dans un magasin de bord de mer, à Lorient. Firmin et Adélie parlent, mais peu de personnes peuvent les entendre et la plupart les considèrent comme de simples objets. Ce sont des bottes philosophes.
 
7h00 :   La paire de bottes est posée près du Winnebago de Winnie. Celle-ci ouvre la porte et sort. Elle est étonnée de voir des bottes arrivées toutes seules devant chez elle et se demande qui a pu les amener là. Winnie enfile les bottes en plastique rouge. Elles lui vont parfaitement, elles semblent avoir été faites pour son pied. Comme Cendrillon. Marcher avec les bottes lui est agréable, elle a la sensation de glisser sur le sol. Soudain, elle entend une petite voix aigüe. Winnie regarde autour d’elle mais ne voit personne. Il est tôt et le peu de vacanciers logeant à Zayfuq’ji dort encore.
La petite voix se fait entendre une fois de plus et semble provenir de plus bas que Winnie ne le supposait. Elle regarde ses pieds et se rend compte que c’est son pied droit qui parle. Winnie ne se connaissait pas ce don et en reste abasourdie. Elle secoue son pied pour voir s’il bavarde toujours. Un petit « aïe » s’échappe de la botte. Alors Winnie s’accroupit et approche le plus possible son visage des bottes. « Je rêve où vous parlez ? » chuchota-t-elle pour ne pas être prise pour une folle par un éventuel passant. « Oui, nous parlons ! répondit Adélie. Mais tu fais partie des rares personnes à pouvoir nous entendre.
-          Pourquoi donc ?
-          Nous ne communiquons qu’avec les gens qui sentent les ondes, qui perçoivent les choses simples et essentielles… C’est-à-dire avec peu de personnes en somme !
-          Je suis flattée du pouvoir que vous m’attribuez, mais je n’ai pas l’impression d’être ce genre de personne.
-          Tu verras, dit Firmin, tu en auras des preuves plus vite que tu ne le penses. Tu n’as qu’à observer comment les gens sont attirés par toi sans savoir pourquoi. Et c’est loin d’être de la séduction ou de l’attirance amoureuse… C’est au-delà de tout cela. »
 
Quarante-douze heures :   Winnie était assise sur la banquette du salon de son Winnebago. Elle avait posé Firmin et Adélie sur la table et conversait avec eux autour d’une tasse de thé. Depuis leur rencontre ils ne s’étaient pas quittés et elle n’avait cessé de parler avec ses pieds. D’ailleurs Ephrem Zoko l’avait croisée dans le camping durant la journée et l’avait aperçue avec étonnement parler la tête toujours baissée vers ses bottes, toute seule. Lui qui était intrigué par Winnie depuis son arrivée se demandait si elle n’était pas légèrement folle. Il n’osait pas se l’avouer mais elle l’intimidait vraiment. Il aurait voulu pouvoir entrer dans son Winnebago et boire du thé avec elle, être le destinataire de ses sourires mutins et de ses clins d’œil. Ephrem était caché derrière un buisson de l’emplacement de Winnie et observait la mystérieuse femme dans le carré lumineux de sa fenêtre, seul point brillant dans l’obscurité du camping. Une fois de plus, elle semblait encore parler toute seule. Il plissa les yeux pour distinguer plus précisément vers qui son regard se dirigeait et se rendit compte que c’était vers la paire de bottes posée sur la table. Il fit le lien avec la scène à laquelle il avait assisté le matin et comprit. C’était incongru mais Winnie, d’une certaine manière, communiquait avec les bottes. Sauf qu’elles étaient silencieuses. Du moins, il ne pouvait pas les entendre. Il se laissait aller à ses réflexions dans son buisson quand tout à coup il sentit quelque chose lui mordre les fesses. Il se retourna brusquement en poussant un cri aigu et vit une sorte d’humain les dents accrochées à son derrière. Il avait le teint blanchâtre et les dents très pointues. Ses yeux brillaient anormalement. C’était un vampire. Ephrem restait paralysé de stupéfaction face à cette créature et celle-ci s’enfuit en un coup de vent. Il tenta d’examiner sa fesse gauche en se tournant mais cela était difficile pour ses vieilles articulations. Heureusement, Winnie ne l’avait pas entendu crier, sans doute trop absorbée par sa discussion avec les bottes. Il n’avait jamais vu de vampire de sa vie. Que faisait cette créature au camping ? Et pourquoi s’en était-il pris à ses fesses ? Elles étaient flasques, maigres et ridées pourtant.
 
Minuit :   Winnie dormait dans son lit. Firmin et Adélie avaient été mis dehors, près des marches du Winnebago, pour être aérés. En effet, Winnie transpirait facilement des pieds et après deux journées passées ensemble, les bottes avaient besoin de respirer.
«     -      Le ciel est bien dégagé ce soir, dit Adélie. On peut même voir les plus petites étoiles.
-          C’est vraiment beau, ajouta Firmin. Ça me rend toujours mélancolique ce genre de situations. J’ai comme une sorte de conscience de l’univers et de son infinitude. Je me sens attendri par la vie et les êtres. Toutes ces petites choses qui se croient uniques et immortelles jusqu’au jour où tout s’arrête. Et elles ont l’impression d’emporter le monde avec elles… J’te dis, ça me donne le spleen et en même temps ça m’attendrit.
-          Moi, dit Adélie, j’ai la sensation que nous sommes plus aptes à philosopher que les autres. Peut-être parce que nous observons beaucoup, étant donné qu’on ne peut pas se déplacer par nous-mêmes. Les autres, ceux qui marchent, sont toujours en action, étourdis par leur propre mouvement. Ils passent à côté de l’essentiel. »
Firmin et Adélie parlaient encore quand ils virent arriver un grand bonhomme. Butch était attiré par ces bottes rouges et ne pût s’empêcher de s’en approcher. Firmin et Adélie étaient effrayés, ils craignaient d’être enlevés par ce bonhomme et de ne plus jamais revoir Winnie. Les bottes se mirent à hurler pour alerter Winnie mais Butch n’entendait pas leurs cris. Winnie fut brusquement sortie de son sommeil par les hurlements et se précipita pour ouvrir la porte. Elle se trouva nez à nez avec Butch qui était sur le point d’enfiler un de ses pieds dans Firmin. Il se ravisa quand il vit le regard noir que lui lançait l’amie des bottes.
«  - Que faites-vous avec mes bottes ? fulmina-t-elle.
-          Heu… je…je passais par là pour prendre l’air, il fait si bon la nuit… et… et j’ai vu vos si belles bottes. Je ne voulais pas les voler, je voulais seulement les essayer…
-          Désolée, mais je tiens à ces bottes, et rendez-les moi ! Elle les lui arracha des mains. Pauvre Butch, il en restait tout penaud.
-          Bonne soirée… » lui dit-il d’une petite voix, et il s’en alla.
Winnie ne lui répondit pas. Elle rassura ses mignonnes petites bottes qui tremblaient encore.
 
 
L’anniversaire :   Le soir tombait et le crépuscule déployait à l’horizon ses palettes roses et violacées. L’emplacement de Winnie était encadré de milliers de lueurs orange. Ephrem l’avait aidée à déposer des bougies partout dans l’herbe. Ils avaient aussi installé une guirlande d’ampoules colorées entre deux arbres. Une grande table de jardin et autant de chaises que d’invités prévus étaient placés au centre du terrain. Winnie préparait un buffet composé de shurgloups glacés, de laitue entortillée, de beignets de hamsters, et de haricots sauteurs. Elle était sûre que tout le monde apprécierait ces plats variés suivant la cuisine traditionnelle de Falimar. Cependant elle était inquiète par rapport à l’ambiance de la soirée : ces gens si différents oseront-ils se parler ? Est-ce qu’ils s’entendront bien ? Depuis qu’elle logeait à Zayfuq’ji, Winnie observait les autres habitants et laissait son intuition parler. Elle avait compris que le pervers voyeur, du haut de sa maison, avait un cœur malgré l’omniprésence de ses hormones. Elle savait qu’elle l’intriguait, et qu’il en était de même avec Franckie, un grand sensible blessé par la vie, rejeté par tous. Il était temps de réconcilier toutes ces gens et qu’ils comprennent qu’ils avaient beaucoup en commun. Ils se croyaient tous uniques, différents, certes c’était le cas, mais il y avait une grande part d’universel en chacun d’eux. Cela, Firmin et Adélie l’avaient compris. Ces bottes philosophes passaient leurs journées à réfléchir et ne jugeaient jamais de manière hâtive. Ce soir-là, pour l’anniversaire, elles étaient installées sur la grande table et attendaient de voir apparaître un invité. Ephrem Zoko pointa le bout de son nez avec un pot dans lequel se trouvait une plante. Il s’agissait de Greeny, la plante aux pouvoirs miraculeux qui avait emporté Ambroise Bandeira dans un long voyage et guéri Fluff. D’ailleurs celle-ci ne pouvait plus quitter la plante et était venue à la soirée avec elle. On la posa sur la table à côté de Firmin et d’Adélie et ils engagèrent tout de suite la conversation. Les grandes âmes se retrouvaient.
Ephrem s’approcha de Winnie et lui tendit un bouquet de fleurs en bredouillant un timide « c’est moi qui les ai cultivées. » Elle le remercia d’un grand sourire qui l’envoya chercher un plat pour cacher qu’il rougissait.
Au bout d’une demi-heure, tout le monde était arrivé. Marcia, un peu distante, se faisait approcher par un certain Arthur à la physionomie inhabituelle à Falimar. Shawn était proche du buffet, la guitare accrochée dans son dos, et riait avec la jeune Jeannie. Ambroise Bandeira conversait avec Winnie qui le trouvait très intéressant. Il dégageait quelque chose de mystique et attirant. Butch était complètement saoul depuis le début de l’après-midi et tentait lourdement de séduire Marcia en présence de ses femmes. Mais Marcia l’ignorait complètement et ne daignait pas lui accorder un seul regard. Butch avait amené avec lui sa tondeuse et voulait faire une démonstration devant tous les invités. Franckie arriva lui aussi avec un bouquet et Winnie l’accueillit chaleureusement. Monsieur Monoeil était descendu de sa tour d’observation et se tenait dans un coin près du buffet, la braguette toujours ouverte et roulant des yeux. Pendant ce temps, les bottes et Greeny semblaient fusionner, une auréole s’étendait autour d’eux. Le plus étonnant c’est que Firmin et Adélie étaient devenus entièrement verts. Ils continuaient leur conversation sans de rendre compte de quoi que ce soit tandis que les regards des invités étaient tournés dans leur direction. Peu à peu, tout le monde se rapprochait d’eux. Ils semblaient être hypnotisés par la lumière que dégageaient les bottes et la plante. Même Ambroise avait succombé à cet ensorcèlement. Ils se rapprochèrent jusqu’à se poster devant l’auréole verte. Plus un mot n’était dit. Ils joignirent tous leurs mains en formant un cercle autour de Firmin, Adélie et Greeny. Il se passait quelque chose d’extraordinaire. Tout le monde était en osmose et diffusait des ondes bénéfiques. Ils apercevaient des couleurs, des paysages, avaient la sensation de voyager. Les bottes et la plante avaient créé une fusion d’ondes de sagesse qui n’avaient eu qu’à se diffuser autour d’elles pour ensorceler les autres. Pas besoin de les fumer comme  le faisait Ambroise. De toutes façons, il aurait été compliqué de fumer les bottes.
Quand Santiago arriva en se glissant parmi les ombres, quelle ne fut pas sa surprise quand il aperçut que ses futures proies s’envolaient dans un cercle, les mains jointes. Il en resta figé de stupéfaction durant longtemps et cela lui coupa la faim.
Ils partaient tous ensemble dans le ciel vers d’autres horizons. Pourquoi ? On ne sait pas. Peut-être parce qu’ils étaient tous réunis au bon endroit et au bon moment. A la bonne heure.

 
 
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MessagePosté le: Ven 2 Mai - 07:20 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Alex


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Inscrit le: 30 Jan 2008
Messages: 46
Féminin Taureau (20avr-20mai) 猪 Cochon

MessagePosté le: Ven 2 Mai - 11:26 (2008)    Sujet du message: Texte atelier d'écriture 11 Répondre en citant

Texte très sympathique, avec un certain humour. J'aime beaucoup.
Je pense qu'en revoyant la mise en page, le texte serait plus agréable encore.
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Virginie


Hors ligne

Inscrit le: 30 Jan 2008
Messages: 13
Localisation: Avignon

MessagePosté le: Mer 21 Mai - 07:53 (2008)    Sujet du message: Texte atelier d'écriture 11 Répondre en citant

J'adore l'idée de deux bottes qui parlent  ... C'est un + pour moi .. Il faudrait cependant, comme le dit Alex, revoir la mise en page afin de rendre la lecture encore plus agréable.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:15 (2018)    Sujet du message: Texte atelier d'écriture 11

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